L’homme dans l’état guerrier

     L'équipe de Trouble Théâtre a entamé un travail la saison précédente sur "l'homme dans l'état guerrier". Une première lecture d'extraits de "La guerre n'a pas un visage de femme " de Svétlana Alexievitch intitulée "Guerres : noms féminins" a eu lieu en avril 2006.

    

    " J'ECRIS UN LIVRE sur la guerre... Moi, qui n'ai jamais aimé lire des livres de guerre, bien qu'en mon enfance et mon adolescence ce fût la lecture préférée de tous. De tous les garçons et filles de mon âge Et cela n'avait rien d'étonnant : nous étions les enfants de la Victoire. Les enfants des vainqueurs. Quel souvenir ai-je de la guerre? Celui de mon angoisse d'enfant perdue au milieu de mots effrayants et incompréhensibles. La guerre était constamment évoquée: à l'école et à la maison, aux mariages et aux baptêmes, aux fêtes et aux enterrements. Et même dans les conversations entre gosses. La guerre, même après la guerre, était restée la demeure de nos âmes. Tout le monde logeait à cette même enseigne, tout procédait de ce monde effarant, et notre famille n'échappait pas à la règle(...) "

in " la guerre n'a pas un visage de femme " de Svétlana Alexievitch


            Si nous regardions ce siècle passé et celui que nous commençons à traverser, un mot nous viendrait à la bouche : guerre.Cette "grande prêtresse" qui régit les jours, sans compter ni le nombre ni la nature des victimes, constitue le thème principal de cette nouvelle création.Mais, Dire quelles guerres ?En sélectionner certaines ne serait-ce pas commencer d'établir une échelle dans la souffrance ?La nommer comme une entité supérieure ne serait-ce pas déposséder l'homme de sa responsabilité et de sa possibilité à construire la paix.L'idée de guerre nous révolte, un peu, et puis de moins en moins. Les témoignages d'hommes ,de femmes, d'enfants combattants relatant l'atroce vérité des conflits ne nous parviennent que par un système de goutte à goutte qui maintient un état de bonne conscience proche de la charité.Pourtant d'aveuglement en aveuglement les conflits mutilent la liberté de chacun d'entre nous. Des nécessaires conditionnements pour nous préparer à être d'efficaces soldats aux champs de bataille, c'est sans doute cette liberté que nous faisons taire. choisissons de montrer que l'Homme se doit d'être réfractaire au consensus mou et aux conventions sociales. Qu'il peut " traverser l'apparence trompeuse que donne aux choses et à la vie l'ordre si évidemment établi ". Qu'il sait dire oui ou dire non, mais qu'il revendique toujours de pouvoir se poser la question.
     
" L'homme est plus grand que la guerre… Je retiens précisément les moments où il est plus grand qu'elle. Je n'écris pas sur la guerre, mais sur l'homme dans la guerre. J'écris non pas une histoire de la guerre, mais une histoire des sentiments. D'un côté, j'étudie des individus concrets ayant vécu à une époque concrète et participé à des événements concrets, mais d'un autre, j'ai besoin de discerner en chacun d'eux l'être humain de toute éternité. La part d'humain toujours présente en l'homme.
Sans doute certains formuleront-ils des doutes: les souvenirs, objecteront-ils, ça ne fait pas de l'Histoire. Ni de la littérature. Mais pour moi c'est là, dans la voix vivante de l'homme, dans la vivante restauration du passé, que se dissimule la joie originelle et qu'est mis à nu le tragique de la vie. Son chaos et son absurde. Son horreur et sa barbarie.(…) "
                                                     
                                              
in " La guerre n'a pas un visage de femme " de Svétlana Alexievitch


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